Mon baiser à la Massonne …

 

Il est des lieux qui, à peine gravis, vous prennent par la main aussitôt …

Et ce fut le cas pour la Massonne, réserve d’exception s’étendant sur une centaine d’hectares de rêve, qui fêtait à la mi-octobre ses vingt ans de “splendeur naturelle” !

 

 

 

 

 

Je commence par emprunter timidement ce long chemin autour du logis, entre bois, prairies humides et landes sauvages, non encore complice avec l’instant, ne respirant pas encore dans son poumon …

Je suis seule avec le paysage, il manque mon fidèle coéquipier, malade aujourd’hui, sans qui tout partage ne semble pas être pleinement vécu.

Le houx et la bruyère me rassurent …

Les noisettes parsèment la terre, innombrables chapelets sur les prières alanguies de l’automne. Chaque craquement sous mes pas me laisse imaginer le frisson de l’écureuil et je souhaiterais être un oiseau pour simplement pouvoir tout survoler en douceur, me poser sans être vu ….

J’ai de plus en plus l’impression de traverser des secrets d’écorce où les herbes ne sont plus que des fissures à l’intérieur desquelles des confidences se cachent. Or, très vite, l’air apprivoise ma retenue et les arbres m’enlèvent pour m’emmener au coeur de divines escales …

Ils m’invitent à valser avec le silence, me serrant un peu fort contre l’embryon de leur épouvante, contre mon ventre je le sens déjà bouger …

Je recueille quelques sanglots, partage quelques vérités …

L’émotion est aussi intense que fugace, on la prend sans besoin de méditer, comme une giclée d’absinthe, un rire de cascade.  Tout ici est à naître et change probablement chaque jour !

 

 

 

 

 

Les branches et les troncs sinueux, bras avides de la tendresse des ans, m’entourent de leur mouvance, de leur chair aux effluves d’enfance …

C’est une danse étouffée, sensible à l’extrême, qui s’offre à tous les préludes du monde !

 

 

 

 

 

Des artistes ont laissé leurs empreintes, ça et là , se faisant mages ou farfadets …

 

 

 

 

 

Ame de corps-serre

Pas trouvé ton trésor

Juste entrevu

Quelques fleurs du mal

Collées au mât

 D’un étrange bateau ivre …

 

 

 

 

 

Je m’avance, sans le savoir, vers ….l’antre aux amoureux !

 

 

 

 

 

J’arrive à découvert et s’ouvre devant moi un exquis paysage d’eau, ressemblant légèrement à un rêve tibétain …

Mes yeux dessinent un cormoran sur un piquet, une femme s’approche vers moi, une fleur de lotus à la main, la grâce de son sourire me transporte …

L’écho me renvoie le souffle du primevère …

Je ne suis plus là et vogue en zhucao …

Je m’agenouille le soir venu dans le temple de la brume, vénérant l’humble éclat des choses …

Ce paysage me libère de la superbe emprise des arbres , du moins je le croyais, avant d’être aspirée par la grandeur du ciel …

Tout ici nous immerge dans les mystères de l’infini !

 

 

 

 

 

Tout près, des hommes pensent …

Ce qui s’en évapore est à ce point vivant que je me dirige instinctivement vers le sable sur la pointe des pieds …

 

 

 

 

 

Je connais ton nom mais préfère t’appeler la “Fleur papillon” …

 

 

 

 

 

Je ressens viscéralement une présence dans les airs, comme une entité magicienne …

A chaque fois, en effet, qu’un recoin me parle et que je m’apprête à l’immortaliser en image, un splendide rayon de soleil apparaît !

Ce lieu est vraiment extraordinaire …

Il y existe une sorte de télépathie, entre lui et tout être imprégné de sa poésie …

 

 

 

 

 

Le feuillage me berce et j’entends le chant de la mer !

Et ce vent, quel talent, a la fougue de Karayan, il entraîne Debussy vers des berges bien plus inconnues et bien plus belles encore …

Sous mes pieds, le sol se fait de plus en plus velours …

Je voulais être un oiseau tout à l’heure, mon voeu est exaucé …je vole !

Je finis par entendre le glissement de mes pas sur l’herbe, le froissement de mes vêtements, ils me massent, me caressent le sang à la manière d’une algue …

J’ai déjà connu tant de fois cet état de bien-être unique, sur les dernières étapes de mes divers chemins de Compostelle lorsque, dans les dortoirs bondés, le simple bruissement d’un sac plastique suffisait à me faire plonger avec succulence dans le sommeil …

 

 

 

 

 

Un peu plus loin, quelle rencontre !

Sans toutefois l’apercevoir ou la connaître, je me dis que nous sommes au moins deux à avoir été envoûtés par les vagues  …

 

 

 

Un bateau pour naviguer, mais où ? Et puis a-t-il réellement envie de partir, les yeux éperdument noyés dans la bruyère  que je découvre, en nappe désinvolte,  à mes pieds …

 

 

 

 

 

Une tribu peuplerait donc la forêt ?

Des elfes peut-être, ou encore un …fou du bois !

“Il était un fou du bois

qui vivait l’âme sereine

près d’un logis d’autrefois

pour l’amour d’une graine …”

 

 

 

 

 

Arbre blessé

que la foi a pansé

sait

que l’ombre est nécessaire

pour bien enlacer la lumière …

 

 

 

 

 

Je te vois “arbre-mère”

Tes petits jouent dans tes cheveux,

se tressent,

glissent sur ta sève,

se rient du vent,

et tètent contre ton sein

le printemps éternel …

 

 

 

 

 

Ici le vent laisse infiniment de son coeur

à qui le suit, l’écoute,

sans lui faire peur …

 

 

 

 

 

Gens de boue, je vous regarde, portant sur vous les rides de la terre, je voyage dans votre histoire …

Et, comme si  je ne devais pas aller trop loin, le vent vous emporte à chaque fois au-delà de mon regard …

 

 

 

A cet instant, j’eus envie de pleurer   …

Ce fut fort,  intimement fort !

 

 

 

 

 

De retour, aux abords du logis, je repère, près des hortensias, une petite fenêtre que quelques fileuses de génie ont ornée de dentelles …

Sans doute une façon de nous dire “Ici sommeille la mélancolie en habit d’or-Gandhi” …

J’avais gardé la salle d’exposition pour la fin, comme on garde dans la poche une précieuse friandise  ou un caillou sacré !

Depuis deux semaines, une quinzaine d’artistes, écrivains, peintres, plasticiens, architectes, musiciens, sculpteurs, font résonner la Massonne de leur voix  …

En franchissant son seuil,  je ressens toute cette énergie humaine imprégnant encore les murs , bien que la salle soit relativement déserte en cette fin d’après-midi là.

Seuls deux artistes occupent les lieux, qui m’accueillent chaleureusement, dont “Jean-Michel Bénier” que je reconnais sans peine.

Jean-Michel est peintre, écrivain et propriétaire de cet endroit magique.

Artiste voyageur, il peint et écrit les montagnes, les océans …et tous les chants intérieurs qui émeuvent le vent !

 

 

 

Jean-Michel, je te présente “Noé”, chat devenu également “veilleur de vent” !

 

 

 

 

J’étais venue fatiguée, sans désir ni pressentiment particuliers, et ce lieu me saisit toute entière, m’enveloppant dans le fruit d’or-haie de son âme …

 

 

 

22 réponses à Mon baiser à la Massonne …

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Drôle de poète photographe

sans bible ni bandoulière,

juste art-rimée au temps

par l'espiègle agrafe

de la magie de l'air ...

Cueilleuse de gouttes d'oh

hissée de bâts en haut,

je tisse images et mots sensibles

au doux lin de l'invisible ...

Coéquipière de l'instant,

je le pense, il me panse,

je le suis ...

Messagère du TANT

je suis !

 

 

 

papi sabine

Cil-anse ....il dort !

 

Emue par…

 

Le voyage...

celui qui démunit autant qu'il enrichit,

qui détourne la pluie en rires

et fait de notre coeur

le plus fervent des poètes

sans même composer de mots !

 

Sabine

ou SAB-Lyse.

 

A la mare-aile ….

 

Viens avec tes mots-fleurs

tes mots-coccinelles ...

 

Je t'invite

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de ma maison au TOI d'or

y vivre d'amour 

et d'OH  frais,

raison à l'envers

folie à l'endroit !

(Sabine)

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A-t-on appris un jour à voir resplendir nos silences,

à être les peintres romanesques de nos ciels gris

ou à faire jaillir des rivières enchantées entre les pierres de nos coeurs en ruines ?

Non, bien sûr que non !

Cet art est en nous ...  (Sabine)

 

Mille et une fontaines pour demain !

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