Des senteurs de jasmin au chant fou d’une rivière

 

 

       Des senteurs de jasmin au chant fou d’une
rivière…

  
  
Dans la rubrique “Voyages”, je t’avais composé ce gigantesque récit sur ta terre : la Haute
loire…
Consacrant à cette création toute mon ardeur et toutes mes forces, car je pressentais sûrement au plus
profond de mes entrailles un besoin en ton être de t’accrocher à des racines, à une identité !
Mais tu n’auras pas eu le temps de le lire car, le 23 octobre, très peu de temps après sa publication…Dieu
décida de te prendre sous son aile et tu t’envolas!
  
                 Alors
…nous t’y avons amené autrement : bon voyage !
 
Je n’ai pas vraiment trouvé la couleur qu’arbore ta rivière, la Sumène, dès le printemps..ni le bleu gris profond de
tes yeux …mais aujourd’hui j’aime à écrire en bleu en mémoire à ces 2 splendeurs : ta rivière et tes yeux !
                                       
————–Note————–
 
 C’était le 1er novembre, au tout petit petit matin…nous sommes partis, comme poussés par le vent puissant
d’un “appel”, soufflant déjà depuis la veille ! Et, de la même façon que notre charmant “grand père du petit village de la Charrie” (dans la rubrique “Histoires”) qui parlait de son ruisseau en
plein vol…moi j’ai écrit, écrit, tout écrit en écoutant le va et vient des essuis glace, de la ponctualité d’une horloge ! C’est cette composition sauvage, qui m’a permis de conserver le cap,
que je vous livre à présent :
 
 “…depuis que nous avons tourné la clef dans notre serrure, il pleut à en perdre le souffle…comme pour tout
laver et tout faire renaître à nouveau ! 
Il pleut toujours lorsque mon coeur se tourne du
regard vers ces mots enchanteurs “…Lac de Vassivière..”, ton voyage de cet été “Evajoe et les mots”, elle qui me surnomma hier “petite soeur”! Alors je sais que ce long mur de silence
que j’ai laissé entre nous, depuis l’envol de Yoann, n’est qu’un océan de mots secrets qu’elle  saura comprendre..comme tous ceux et toutes celles qui partagent, vivent et souffrent avec moi
ce même silence.
Et comme bizarrement, tout change, virevolte, à la façon étourdissante d’un caméléon fou, virant parfois le temps
d’un éclair d’une lueur d’aquarelle au vert le plus sombre!
Comme de cette chambre au doux parfum de jasmin où je fus si bien, aux froides esquisses dessinées sur le bitume
d’une route où c’est bien là, et là éperdument, que j’ai ressenti le plus grand désarroi!
Comme de cette euphorie du départ vers cette belle terre d’Auvergne, je ressens maintenant, à la minute où j’écris,
et au fur et à mesure que nous approchons des volcans ..”ce foudroyant rattachement à la chair”, au point d’en regretter amèrement tes cendres et vouloir être ramenée à ton corps dans la terre
! Trop amer regret mêlé à une effroyable envie d’hurler, quand je sens soudainement ton petit corps posé sur mon ventre, grimpant l’ascenceur de la maternité…

Pardon, pardon pour mes convictions tout à coup bafouées, pardon pour mon manque de courage…et j’ai beau
m’agripper aux derniers récits héroïques face à la mort qui me furent contés, ou à la prière de Soeur Teresa …je souffre !
Alors que j’imaginais de la peur, du désespoir près de ton corps froid comme la burle..je n’ai éprouvé que
sérénité et bonheur à pouvoir te toucher encore. Alors que j’imaginais une joie intense à te ramener vers tes racines et te conduire vers cette belle et grande aventure que tu es venu nous
demander ..je n’éprouvais que douleur.
 
     Alors, je connais à présent la définition de la chose
la plus imprévisible :
                                              
“le chagrin”
 
Et il pleut de plus en plus, lorsque nous parvenons à la chaîne des volcans, engloutis dans la brume et sous un
ciel gris, comme lourd de chagrin “…Non! Ne soyez pas tristes vous non plus, par pitié, il vous regarde…!” Il pleut toujours à l’entrée de la Haute Loire…juste un peu avant St Georges
d’Aurac, nous entrons dans nos senteurs familières de bétail. Quelques fermes se dessinent avec leurs larges pierres..je n’ai jamais autant fait attention aux détails, comme si je ne voulais
rien te faire perdre du paysage, mon coeur !
Mais il pleut encore et toujours, le vert tendre des prés m’enchante toujours autant. On distingue à peine les
sucs, tant pluie et brouillard s’accordent dans leurs pas de danse en rondes infernales….Et, à hauteur de Fix St Geneys (1116 m d’altitude), je m’adresse à Marie et à Dieu de la petite église
de Boussoulet, pour leur demander que tu ouvres grand, tout grand les yeux et regarde ta terre : le ciel n’est plus lisse mais “grappé de nuages”, il a soudain du caractère ! Comme des
senteurs de pommes enbaument la voiture, fenêtres closes, et devant c’est …grand, c’est beau, c’est clair, en dépit de la pluie : “Montagne-fleur” qui éclot sur
une toile aux couleurs d’hiver…merci de lui rendre cet hommage!
Après la découpe féérique de la Tour de Polignac,  ce sera au tour de la sublime “Vierge du Puy” tenant son
enfant dans les bras (et c’est souvent dans cette pose, Marie, la plus romantique qu’une mère puisse avoir, que je t’imagine lorsque je prie…et peut être un peu aussi parce que c’est
précisément cette autre découpe fantastique dans le ciel que nous regardions, mon fils et moi, des grandes fenêtres de la maternité…). Et c’est pourquoi je sais aussi que tu le protèges à
tout jamais! Et je te demande à présent, en te voyant, de faire revenir les battements de mon coeur qui, l’espace d’un souvenir, m’ont semblé s’arrêter ! “…Fais moi reprendre vie, Marie, et
ne me laisse pas à ce point défaillir…!” Et mon coeur continue lentement, comme en procession, à traverser la ville du Puy, là où, un 23 avril 1983 à 15 h, tu poussas ton 1er cri et la neige
se mit alors à tomber, comme surgie d’un conte de fée !

Je ne pensais pas qu’il me serait si dur d’approcher ces instants …mais je le fais par amour : amour d’une
mère ! Peut être demain, après avoir répandu tes cendres près de ta rivière, je me sentirai délivrée…en sachant que cette partie de toi respirera toutes les saisons d’un pays où, depuis si
longtemps, nous t’invitions à venir. Mais, tu étais sans doute fait de ce bois : solitaire et en perpétuelle contradiction !
Pour l’instant, le temps n’aide pas aux retrouvailles…il pleut sempiternellement ! Alors, peut être aurait-il
fallu attendre un beau manteau de neige, ou la lumière du printemps, plutôt que ces violentes giclées de pluie …!” (Fin des 1ers écrits composés lors du voyage)
C’est au coeur de l’après midi que nous parviendrons chez Odette et Jean, du petit camping rural de la Sumène,
notre port d’attache depuis maintenant 10 ans !
  un bonheur simple, de la tendresse, et de l’écoute…
  c’est toujours ce que nous y avons trouvé !
 
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Odette a l’habitude de “préparer”, avec 5 enfants et nombreux petits enfants (dont j’ai encore oublié le nombre
à ce jour !) et leur charmante demeure accueillant aussi les pèlerins ! (mais j’en parle déjà dans mes écrits consacrés à la Haute Loire).
Odette a également l’habitude de gérer les multiples taquineries des “2 enfants espiègles” que constituent Jean
et Lola lorsqu’ils se retrouvent ensemble ! Lola fut en tout cas si heureuse de retrouver ceux qu’elle côtoie depuis l’âge de 2 ans et considère comme “ses grands parents spirituels” !
Gwendoline quant à elle n’a pas souhaité venir.
 
Durant toute la nuit, la tempête fit rage créant de forts bruissements un peu partout : derrière les
volets, entre le feuillage …Et, un peu anxieuse, je veillai d’un oeil en me demandant si le matin qui naitrait nous offrirait bien un moment pour aller éparpiller tes
cendres aux côtés de ta rivière ! Mais il y avait amplement de quoi douter!
Or, l’heure venue, avait-il percé nos pensées…le ciel se dégagea, retint soudainement toute la
pluie, et nous invita à partir vers la belle Sumène ! Et, nous emportèrent au passage deux merveilleux cadeaux : la prière Qu’Odette venait de nous remettre et que je citerai
tout à l’heure, et le magnifique bouquet de chrysanthèmes que Jean nous cueillit de son jardin…

 
DSCF3706DSCF3711DSCF3707      DSCF3709 nous savons que tu aimeras regarder les grottes qui surplombent magnifiquement la
maison où tu es né, tout en t’ennivrant …du chant fou de ta rivière !
 
Te contemplant étendu dans la fraîcheur de l’herbe, près de laquelle coule ta rivière, en ce
jour déferlante, nous récitons alors la prière de Soeur Térésa …et des mots inscrits sur un petit bout de papier que nous confia Odette, mots plus issus de nous que si nous les
avions nous même écrits : la prière du Père André Sève, Assomptionniste…(infiniment, gigantesquement merci Odette!)
                                               
Tu es vivant
Tu ne parles plus mais tu es vivant
Tu ne bouges plus mais tu es vivant.
Tu ne souris plus mais en arrière de tes yeux
tu me regardes.
De très loin ? Peut être de très près,
je ne sais rien de ces distances.
Je ne sais plus rien de toi, mais tu sais maintenant
davantage de choses sur moi.
Tu es en Dieu.
Je ne sais pas ce que cela peut vouloir dire
mais sûrement ce que tu voulais
et ce que je veux pour toi.
Je le crois. Toute ma foi, je la rassemble.
Elle est maintenant mon seul lien avec toi.
Jésus, donne-moi de croire à ta victoire sur la mort
Celui que j’aime veut entrer dans ta joie.
S’il n’est pas prêt, je te prie pour lui.
Achève sa préparation.
Pardonne-lui comme tu sais pardonner.
Aide-moi à vivre sans sa voix, sans ses yeux,
Que je ne le déçoive pas maintenant
qu’il va me voir vivre et m’attendre.
et, alors que nous nous apprêtions à repartir… de la
grisaille :voici la merveilleuse lumière qui apparut !

 
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Alors nous repartîmes, comme la rivière …déferlants de bonheur !
 
Nous reprîmes nos bagages le lendemain matin : lundi 3 novembre.
Mais, auparavant, Odette et Jean ne voulurent pas nous laisser repartir sans aller avec nous te rendre
visite ! Alors, nous allâmes tous les cinq à ta rencontre, bras dessus bras dessous, Patrick ayant pris soin d’emporter du bon fil de fer de l’atelier de Jean, afin
de mieux fixer à l’arbre le bouquet de chrysanthèmes.
 
Et, une fois de plus, après nous être recueillis et au moment de nous apprêter à quitter les lieux ,
gris comme la veille…
                         
voici encore la merveilleuse lumière qui nous inonda !
Alors Odette me dit ceci :”…je le crois maintenant, votre petit nous dit qu’il est
heureux…!”
 
DSCF3722DSCF3723 nous pouvons repartir
heureux !
 
La veille (le dimanche), Lola remarqua que ,près du
chemin “du moulin d’Eynac, là où tu reposes à présent en paix, la coquille du chemin de Compostelle
surplombe la rivière !
                
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Pélerin de compostelle, simple passant ou ami …
 
Quand tu parviendras à cette coquille, tu pourras continuer tout droit devant toi par la route goudronnée jusqu’au petit pont vers
TOURNECOL, puis ST GERMAIN LAPRADE et LE PUY.
 
Mais si, auparavant, tu voulais aller lui parler, lui rendre hommage ou tout simplement “prier”,
descends en contrebas, juste avant l’arbre de la coquille, par ta droite…vers le “moulin d’Eynac”, et chemines par le sentier le long de la
Sumène, comme le montre le 2ème cliché et arrêtes toi devant cette jolie courbe formée d’herbe verte accolée à la rivière (3ème cliché).
 
Pèlerin de Compostelle, passant ou ami….si, par mégarde, tu craignais de te perdre, tu peux aller voir Odette et Jean, au camping rural de la
Sumène, qui t’y amèneront !
Extrait de la 2nde partie des écrits composés durant le voyage :

“…devant nous, monts ocres et quelques éoliennes se reflètent dans le miroir étincelant que forme une
longue chaine de nuages . Nous avons dépassé le Col de Fix St Geneys, le coeur léger, comme délivré, purifié d’avoir laissé une âme plus aérienne que le vent, délivrée et purifiée à son
tour ! Nous repartons avec la lumière et les découpes du soleil…On a l’impression que tu nous dis : “…C’est cet endroit que j’attendais pour ouvrir mon âme à Dieu et à la lumière
des cieux : vous pouvez me laisser à présent et repartir en paix…!”
 
   …une partie de toi est à présent là, près de ta rivière pour qui tu trépignais
d’impatience lorsque tu étais petit, et en sera bercée chaque jour…
… pendant qu’une autre est restée dans le creux de nos pierres, à écouter le crépitement du
feu dans la cheminée…
…et qu’une autre encore, après avoir pris plaisir à regarder Lola dormir chaque soir, contemple
à présent les magnifiques lueurs du soleil couchant
                                              
…et cela fait encore partie d’un autre voyage, d’une autre “nouvelle” que je m’empresse de conter prochainement !  A Bientôt…avec toi.

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Drôle de poète photographe

sans bible ni bandoulière,

juste art-rimée au temps

par l'espiègle agrafe

de la magie de l'air ...

Cueilleuse de gouttes d'oh

hissée de bâts en haut,

je tisse images et mots sensibles

au doux lin de l'invisible ...

Coéquipière de l'instant,

je le pense, il me panse,

je le suis ...

Messagère du TANT

je suis !

 

 

 

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Cil-anse ....il dort !

 

Emue par…

 

Le voyage...

celui qui démunit autant qu'il enrichit,

qui détourne la pluie en rires

et fait de notre coeur

le plus fervent des poètes

sans même composer de mots !

 

Sabine

ou SAB-Lyse.

 

A la mare-aile ….

 

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tes mots-coccinelles ...

 

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y vivre d'amour 

et d'OH  frais,

raison à l'envers

folie à l'endroit !

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A-t-on appris un jour à voir resplendir nos silences,

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