Histoires

Eole le goéland …….

 

 Enfant déjà, nous aimions les beaux livres d’images,

aspirant une à une leurs couleurs,

nous imbibant de leur histoire, leur magie,

les parcourant de nos mains, 

afin de les rendre encore plus vrais,

plus proches de nous …

Ils étaient la vie,

celle autour de nous et en nous,

et nous avions envie et besoin de ce voyage !

Plus tard, rien ne changera …

La photo continuera à être cette passerelle

entre nous et le temps, 

et nous créerons, par elle,

nos propres livres d’images,

éveillant l’enfant curieux et épris,

que nous étions !

 

 Il est difficile, voire impossible, de savoir ce que ressentait l’auteur au moment où il a recueilli l’image ; cette rencontre avec l’instant ne concerne que lui ! En la partageant, comme « évajoe » nous le propose ici, nous ne pouvons qu’y mettre notre propre émotion …

 

Pour  le thème d’avril des « Passeurs de mots » : une photo, des mots

et sur une image de Martine,

voici le récit que m’inspira cette image …

 

 

bateaux Martine

 

 

  

Je suis né à mi-chemin entre la vague et le vent, au célèbre Fort Boyard,  à une époque où il trônait en sauvage heureux , aucun aménagement n’y ayant été encore fait et les bateaux pouvant y accoster librement. Il était notre maison maternelle, nous y nichions par milliers !

Un bel après-midi de printemps, un jeune pêcheur, qui était aussi l’aîné d’une grande fratrie, m’emporta dans le creux de ses mains ;  j’étais alors tout bébé.

Dès lors,  dans la veine de mes souvenirs,  s’inscrivit une histoire pathétique  avec les humains, aux senteurs mêlées de varech et de mousse !

 

Je vécus quatre belles années au sein de cette famille, aux accents simples et au coeur d’or …

Je fus très bien nourri ! Viande, vers de terre, poisson, ravirent mon petit estomac. Mais, au début, étant encore recouvert de duvet,  on me prépara des mixtures à base d’eau et de pain. Les filles allaient chercher leurs petits biberons de bonbons qu’on remplissait d’eau pour me faire boire.

Cette humble chaumière aurait pu s’appeler « L’arche de Noé », tant étaient nombreux les réfugiés ayant pris part au quotidien de ces braves gens.

Un épervier et deux corbeaux y avaient, en effet,  élu domicile une bonne année auparavant. A ces joyeux lascars, venaient s’ajouter huit chats et une chienne bâtarde au fichu caractère.

J’allais partager, avec mes âmis d’ailes, une immense cage sur pied à hauteur d’homme, disposée le long d’un superbe lilas. Elle demeurait bien sûr toujours ouverte, afin que nous puissions aller et venir à notre guise. Je vous laisse imaginer, le soir, lorsque nous y étions tous réunis,  ces veillées inoubliables !!!

J’aimais  me poser près de ces humains, je me laissais prendre et caresser. Mais jamais ils ne m’avaient vu perché sur un arbre, préférant de loin la stabilité du sol.

La cantine était bien bonne, je vous l’ai dit plus haut ! Lorsque l’un d’eux bêchait le jardin, je me tenais à quelques mètres, histoire d’avaler quelques bons vers de terre.  Mes flâneries me portaient parfois vers le fossé où je goûtais aux lentilles d’eau. Mais, quand le père arrivait le vendredi soir, après une  semaine en mer,  nous rêvions tous de ce « déjeuner trois étoiles » du lendemain ! Le samedi matin en effet avait lieu la grande distribution de victuailles. J’avais pris l’habitude de m’installer sur le puits fermé et attendait le succulent poisson, le hors taille attrapé dans les filets, que le père disposait dans des bacs, puis répartissait dans nos assiettes.  Nous en étions tous espièglement friands,  le gourmet que je suis, mes âmis les corbeaux et l’épervier, ainsi que les huit félins.

  Le jardin était si gigantesque qu’avec mes yeux d’enfant je le voyais comme un océan ! La maison, de modeste taille, n’y était qu’admise. On y parlait de la mer, des bateaux, des tempêtes, des bonnes prises et des bons coins de pêche…  En revanche, les accidents, les noyades, le fils ou le frère qu’on pleurait, tout ce lot de tristesse et de drames, ne se déversait pas en public. Il restait blotti en secret dans l’écrin des coeurs. On en percevait toute la dimension dans la pliure d’une ride ou la pause d’un regard !

L’école n’était pas le sujet favori, comme si chaque enfant connaissait d’avance son destin ; il serait, fatalement, ostréiculteur ou marin, comme l’était le père qui exerça tour à tour ces deux professions. Et du temps héroïque où il était ostréiculteur, tout le monde s’en rappelle ! Dans le chai en terre battue, c’est toute la famille qui détroquait puis allait chercher des pierres dans les champs ou les vieilles bâtisses pour en faire des capteurs d’huîtres. La mère n’échappait pas à la corvée, en plus des enfants, ils étaient neuf, et du travail à la maison.

En revenant de l’école, enfin pour ceux qui la fréquentaient encore, les devoirs étaient bâclés. Puis ces « écoliers Robinson » se rendaient au port, avec l’aîné de la fratrie, pour étendre les filets de pêche,  en enlever le sar, le poisson mort, et remettre le tout, parfaitement propre, dans le chalutier. De retour pour la soupe, il était 20 heures bien sonné ! Les mardis soir ou les week ends, certains  partaient aux pibales pendant que d’autres allaient aider le paysan du coin.

Un jour, je ne me souviens d’ailleurs plus lequel, s’il y faisait un soleil de plomb ou un froid sibérien, peut-être sur un coup de tête et sûrement à force d’avoir trop entendu parler de la mer,  j’ai hissé toutes grandes mes ailes et je disparus pour rejoindre les miens …

Depuis, la mer me parle souvent des hommes. Je l’écoute, devinant ses mots, frissonnants d’extase ou de crainte :  elle sait que je sais ! Elle me considère comme un grand sage qui serait revenu d’un long pèlerinage.

 Mais je sais aussi que les marins nous aiment, car avec nous ils ne se sentent jamais seuls sur l’eau …

Ils déposent, sans le vouloir, tant de choses sur nos ailes, que ce sont eux les « paroliers silencieux de nos chants » !!!

 

Eole, le goéland.

(A mon coéquipier de vie )

 

 

 

Amie des étoiles et du vent ……..

 

Pour les croqueurs de mots, il fallait raconter un vêtement aimé, niché bien  au chaud dans notre malle à doudous, porté en boucle telle une mélodie enchanteresse,  ou désespérément perdu …

Avec des mots que j’aime simples, je vais donc vous conter l’histoire d’une « casquette saharienne »,  illustrée de quelques photos, ne sachant croquer les mots sans en déguster l’image ……….!

 

________________

 

     

Elle partagea mes escapades les plus douces, les plus givrées et les plus exaltantes,  courut avec moi sur mes pavés glissants du Nord,  traversa la Saintonge de part en part, respira les volcans, me protégea de la grêle, des ardeurs de la Meseta et devint au fil de mes cadences, réglées sur l’infini ……

« mon amie des étoiles et du vent » !

 

saharienne

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Gravée des lettres « SUD OUEST », s’il vous plaît, elle fut le reporter de tous mes états d’âme et de corps ……..

Comme elle il en existe pas ou peu, du moins je n’en ai pas encore trouvé, aussi blanche et légère que l’écume, avec cette adorable frimousse de saltimbanque.

 

Tout en elle transpirait le voyage, jusqu’à …notre rencontre !

Je l’avais en effet gagnée à la sueur de mes foulées, lors de mon premier marathon.

C’était une époque folle où je courais dans mon « plat pays », avec quelques potes aussi fous, 50 à 70 km par semaine.

En courant, nous faisions des tas de projets, tous plus insensés les uns que les autres, et nous fixions des RV mémorables  …

 

 

Lasou

Pas mal non plus comme vêtement, non ?     

 

 

Et notre histoire également fut à inscrire dans les annales de l’extraordinaire.

Eh oui « fut » car, vous l’avez deviné, je l’ai perdue !

Mais toute disparition, comme toute histoire, a mystérieusement un sens …

 

C’est à Puente la Reina, en Navarre, sur le chemin de Compostelle espagnol, encore appelé « le Camino Francés », que nos destins se séparèrent.

 

Je l’avais prêtée à notre fille « Lola », sur sa demande empressée, depuis quelques étapes …

 

 

Saharienne 3

saharinne 2Saharienne 4

Sniff !

 

 

Et elle n’a pas fugué en chemin, comme on pourrait le supposer, car j’y veillais telle …une mère sur son petit !

 

Le lieu où je ne la revis plus a, lui aussi, un parfum « d’extraordinaire  » …

Au « Jakué », un gîte paradisiaque aux tons paille, abricot et chocolat, aux couloirs exhalant des senteurs de poivre, avec de jolis rideaux de canisse, on y rencontra « Johanna » .

Son regard était si concerné et profond, qu’il restait en nous jusqu’à la fin des temps !

 

Regard de Johanna

 

 

Elle attacha au bras de chacun trois petits bracelets de chance …

Trois noeuds pour trois voeux et …une sorte de chaos à l’intérieur !

 

 

Noeuds

 

 

Elle avait une façon bien à elle, Johanna, de prendre dans ses bras et de serrer fort …

Ce fut la première fois de ma vie que je sentis, à ce point, un coeur se fondre, physiquement, dans le mien !

 

Et elle resta là,  mon « amie des étoiles et du vent », sur un coin de comptoir, dans cet Eden pour pèlerins où tous les voeux se font et se défont …….

Je partis sans elle au petit jour, sans me rendre compte de son absence, aussi étonnant que cela puisse sembler, comme si …son sort fut de rester là !

 

Ce n’est que bien plus loin que je réalisai …

Et les événements se précisèrent avec une évidence naturelle. Je revis le moment où nous étions arrivés, harassés par la chaleur, posant nos affaires sur le comptoir  en vainqueurs, comme on lève les bras à l’arrivée d’une course.

La toute première préoccupation d’un pèlerin, après la douche et le verre de bière bien fraîche,  est alors de faire tamponner sa crédencial, chose que nous fîmes aussitôt sur le même comptoir de bungalow …

Et puis et puis ….

une poignée d’étoiles et un souffle de vent sont restés là,  généreusement endormis …!

 

Lola était repartie toute heureuse, ce matin-là, tenant à la main la calebasse des pèlerins d’autrefois, la vraie,  qu’elle rêvait de trouver depuis toujours.

Et le chemin lui avait fait ce cadeau, la veille, à Obanos, juste avant d’arriver au Jakué.

La calebasse avait été laissée sur les lieux la nuit précédente, lors de la fête médiévale, par un baladin ; c’est ce qui nous fut raconté par l’ épicière,  soucieuse de  rassurer Lola qui craignait tant de commettre un vol !

 

Lola avait ainsi trouvé sa calebasse alors que moi je perdais ma vieille copine de route …La vie n’était-elle pas des plus espièglement imprévisibles ?

 

 

Calebasse

 

 

Et, le lendemain, c’est dans ce gîte, à Estella, que je me mis à méditer sur celle, au voile si doux, qui partagea tant de mes errances  …

 

Estella

 

 

J’étais allongée sur mon lit, sans pouvoir m’empêcher d’exprimer toute ma désolation , quand j’entendis cette bonne voix à l’accent farouchement suisse, qui me mettait en joie et à la fois m’apaisait, me consolait de tout !

C’était la voix  notre « petit suisse à la vanille » (à gauche sur la photo),  surnommé ainsi par Lola qu’il avait lui-même baptisée « ma charentaise » …

Merveilleux « Petit suisse » , amoureux du chemin de son état !

 

Petit suisse 1

 

Venu de Suisse à pied, avec sa carriole nommée « Zélinette »

 

Petit suisse 2

Deux enfants riant dans la brume !

 

 

 

La voix de cet « épris d’étoiles et de vent » me dit alors ceci, de son air délicieusement moqueur :

« Sur le chemin, il faut apprendre le détachement ! »

 

Et, combien je savais qu’il avait raison !

Nous avons bien trop tendance à nous approprier les êtres et les choses, les droits, les libertés, en oubliant que rien ne nous appartient sur cette terre, que tout est privilège et que nous nous devons d’honorer toute offrande comme la plus noble des valeurs et dans le plus digne des respects …

Mais je m’éloigne légèrement, quoique !

 

Tout se perd  pour se regagner un jour, ailleurs, sur d’autres voies et entre d’autres mains …

Et, s’il est une chose sûre, c’est que rien, jamais, n’arrive par hasard !

 

J’ose espérer que là où elle est, ma chipie de casquette vit une foule d’aventures et couvre de bien-être la tête d’un autre humain …!

Ou, comble de la magie terrestre, elle aura peut-être fait exaucer l’un des trois voeux d’un pèlerin, sous l’oeil attendri de Johanna…Ce genre d’étrange coïncidence arrive si fréquemment sur le chemin !

Quant à moi, je l’aurai gardée quinze ans …

 

 

Le vêtement dont on ne se sépare jamais n’était-ce pas, quelque part, un carré de tendresse furtivement découpé dans la fibre du temps  ?

 

 

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A pas de mouche ….!

 

Imaginez

un coeur aux mille mains …

Des mains pour écrire, dessiner, et s’envoler vers des lendemains humains…

Des mains venant s’ouvrir comme autant de fleurs dans les yeux d’un enfant …

 

Ce  coeur existe bel et bien !

Je l’ai entendu battre en suivant un merveilleux  chemin, celui  des « Anthologies éphémères ».

Il s’agit d’oeuvres regroupant tout un collectif d’auteurs et de créateurs et dont l’intégralité des bénéfices est reversée à l’Association « Rêves » pour les enfants malades.

Trois anthologies ont déjà été réalisées.  Pour en savoir davantage, je vous invite à suivre ce lien 

 

J’ai eu envie de mêler mes mains à cette gigantesque poussée d’espoir en devenant à mon tour co-auteur !

Pour cette quatrième anthologie, il est question d’un mariage ……

Elle s’appellerait Marie 

Il s’appellerait Clément …

De nombreux textes ont déjà été écrits à plusieurs mains, créant une foule de personnages !

Afin de pouvoir entrer dans la ronde, j’ai invité « Séraphin » le conteur à intervenir juste après la pièce montée …

 

 

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Ce n’était plus une part de pièce montée mais un vrai « bout de paradis » qui venait joncher chaque assiette à dessert veinée de roseaux élégants, frémissant sous le vent des délices et le plaisir ému des gourmets de ces lieux …

A ce voyage intense, tout en sensualité et saveurs étourdissantes, allait en succéder un autre, fait de senteurs exquises, de mélodies et d’images enchanteresses…

Se jouait à l’instant une fascination des sens : goûter, se taire, puis écouter et se taire à nouveau …

Et c’est dans un royal silence de monastère que Séraphin, le conteur, entra sur la scène, commençant son histoire par ces mots :

 

 » Sur le mur fraîchement repeint, aux couleurs mi herbe mi lait, deux mouches marchaient le coeur dans les nuages …

 

Un enfant observait leur flânerie depuis un moment …

L’une semblait tout droit sortie d’une aquarelle sublimée à l’encre de Chine,  l’autre portait sur les ailes d’étranges motifs lumineux ; une âme d’artiste y verrait un boulier en perles de rosée servant à faire compter les fées.

Leur démarche légère et le petit vent de septembre qui entrait par la fenêtre, flairant bon la pomme et la fleur du splendide buddleia, avaient totalement assoupi l’enfant.

Il dormait franchement à présent, d’un sommeil plein d’appétit !

 

Les deux mouches l’avaient accompagné dans ce voyage astral, où elles étaient devenues d’une beauté fantasmagorique, et le monde qui les entourait n’en répandait pas moins ce parfum d’éden …

Elles avançaient à pas « contés » sur un long tapis nuptial suavement mordoré, ondulante coulée de miel que déversait avec un soin fiévreux une armada de guêpes indiennes.

Chacun de leurs gestes dessinait une vague déferlant sur l’horizon.

Au-dessus de leurs têtes, quelques épeires diadèmes tissaient sans relâche d’irréelles grappes de soleil.

Les milliers de papillons qui virevoltaient  tout autour formaient un ballet de roses décalées …

On entendait au loin le choeur des cigales entamer « Oh happy day ».

Une libellule dans sa robe de ciel en dentelles de lune attendait immobile, face au pupitre, de pouvoir commencer son discours …

Jamais, de sa vie de garnement, l’enfant n’avait assisté à une telle cérémonie. Il ne manquait plus qu’une princesse des neiges brodant, de ses doigts de sapin blanc, des baisers angora !

 

Il tournoyait, lui aussi, de tout son soûl dans l’air, devenu une ode à la féerie, quand un vacarme sourd lui secoua la tête …

Une cloche s’était mise à sonner, sonner à tue-tête, le réveillant d’un bond !

Une voix sévère et qui lui était bien familière retentit à ses côtés  « Clément, tu peux quitter le coin, c’est l’heure de la récréation ».

Il posa sur l’étagère l’immense bonnet aux oreilles d’âne qui avait maintenu son rêve à l’abri et, sautillant telle une grenouille qui viendrait de retrouver son marais,  il alla rejoindre le petit groupe de cancres qui se tenait sous l’odorant buddleia.

Il leur raconta, exalté, cette histoire de mariage un peu folle et pour le moins extraordinaire …!

 

Plus tard,

il devint poète-voyageur et épousa Marie qui enseignait à Tsé-Tsé, un petit village en plein coeur de l’Afrique.

La kalimba remplaça les cigales et les boucles d’hibiscus les papillons.

Aux dires des habitants, ce fut de loin le mariage le plus « aérien » du siècle !

 

Une question me brûle toutefois les lèvres et oserai-je un jour demander à Marie s’il existe, dans un coin de sa classe, une étagère où trônent  …

quelques  bonnets aux oreilles de fennec !!!  « 

(et Séraphin sourit !) 

 

A ces derniers mots,

tous les enfants de l’assistance éclatèrent de rire et combien il fut bon de les entendre ou, pour certains, de les voir se tenir le ventre !

Adeline, à qui rien n’échappait et qui avait bu ce conte à petites gorgées heureuses, aurait bien troqué sa jolie robe de satin blanc contre un pagne court,  pour aller jouer à l’élastique ou au serpent chat,  les pieds nus sur le sable chaud, et sucer avec gourmandise un pain de singe.

La mouche Bztt ne pensait plus qu’à retourner sur les bancs de l’école. Monsieur Paul, l’instituteur en retraite, revoyait avec mélancolie toutes ses bouilles d’espiègles qui avaient, sans conteste, enrichi ses jours.

Quant à l’ensemble des invités, il  déployait sur les mariés un regard nomade et bondé de fantaisie…

Il les imaginait à présent voguant sur une pirogue à l’affût du grand héron, emmêlant leur désir d’évasion aux cheveux des mangroves, ou savourant un jus d’oseille aux pieds d’un baobab, ou encore respirant le crépuscule entre deux vols de pélican …

Et que pouvait bien en penser nos mariés après s’être abreuvés de ce conte d’un autre temps ?

Qu’adviendrait-il de leurs projets, eux qui n’avaient même pas encore défini la destination de leur voyage de noces ?

Alors, qui sait, les rencontrerons-nous un jour endormis sous un manguier, bercés par une chanson douce émanant du lointain …!

 

  

On m’a colporté …

 

 

Je ne voulus pas croire à ce qu’on venait de me raconter …

 

Il se tramait des choses étranges dans une peupleraie, jadis occupée par des druides cueilleurs de gui !

 

 

Il paraît que,

la nuit,

ils s’abreuvent du reflet des étoiles et deviennent, au petit jour, des « cracheurs de rosée » …

 

 

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que

les feuilles, en les voyant, s’élèvent en donjons hantés ….

 

 

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que

la brume, apeurée, se cache en tremblant derrière les larges troncs …

 

 

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et que,

sous les pas de ces mages celtes ,

les herbes folles se transforment en chevelures endiablées,

 allant s’accrocher au cuir feuillu des saules ,

où viendraient s’épandre tous les sanglots du ciel  !

 

 

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Tout ceci me fut « colporté », en chemin, par cette pauvre grand-mère,

conteuse à ses heures …

 

 

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Si cette vieille conteuse fantoche,

assoiffée de commérages,

effraie quelque peu

les habitants des lieux,

elle fit aussi dans ma caboche

de jolis ravages !

 En mon âme alors, voyageuse,

j’ai rondement aspiré

à poser sagement mes pensées

et à ne plus rêver que de fleurs !

 

 

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——————-

 

 

Chuuuuuuut …

mon « tendre loulou des îles » écoute cette petite histoire, née d’une de mes  flâneries matinales !

Je lui dédie en remerciement du superbe cadeau qu’il m’a offert pour la fête des grands-mères …

 

 

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Un jour que je marchais …

 

 

Pour la communauté de mon amie évajoe, passeuse de mots,
dont le thème du moment est :

« La plume et l’image »

 

Et à mon ruisseau espiègle « le Bruant » qui, éternellement, inspire à ma plume l’image et à mes visions les mots !

 

______________

 

 

Approchez-vous de ce pont …

Y vivent, dans son regard, tant de merveilles,

que je l’ai pris pour miroir du temps !

 

Et, à chaque fois que je le contemplais,

me venait une image différente …

 

 

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Des arbres brodés du rire des saisons,

 

 

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avec des rubans d’étoiles glissant sur leur cou …

 

 

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Des perles venues d’Afrique

 

 

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J’ai même vu un vieillard, tout blanchi par les ans, portant deux bénitiers où venir faire voguer nos caresses …

 

 

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Dans ses silences, tournés vers le ciel,  j’entendais son âme d’enfant s’amuser avec des cerceaux …

 

 

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Et comme  je devinai quelques misères arpentant les veines de son bois,

pour lui,

rien que pour lui,

j’ai allumé toutes les chandelles …

 

 

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Alors, mon ruisseau espiègle, ému jusqu’aux larmes, m’a à nouveau offert son coeur ,

 

 

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ses éclats de tendresse,

 

 

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et même un bateau, en toile de nénuphar, pour nous évader tous les deux !

 

 

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Deux autres amoureux attendaient déjà de pouvoir y embarquer …

 

 

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Leur coeur aussi était en fête !

 

 

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Un peu plus loin, autre émotion, autre spectacle…

Des fougères dansaient sur la mousse des arbres !

 

 

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En chemin, je racontai mon histoire à un jeune poète des lieux qui, en dépit des apparences et quelque peu emporté par mon ivresse, ne fut plus du tout de pierre ….!

 

 

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Reverrai-je un jour ce penseur ?

Peut-être …

sur un autre bateau,

 en voiles de brume,

tissées par quelques fantasques libellules !

 

 

 

Haut tonne ce petit conte d’automne ….

 

 

Cet après-midi là, tout premier après-midi d’automne, l’eau de mon ruisseau avait comme une …

douce envie d’enfouir ses secrets dans un gilet de brume ….

 

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Mais …

elle y a découvert, à l’ombre d’un soupir …

« une jolie cabane flottante  en coeur de feuillage »

 

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Et l’arbre l’attendait, ici, pour recueillir ses rires d’ange dans son bois …

 

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Alors …

toutes les voix des environs ont formé comme …

un « village d’oh ! »

 

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Et chaque branche a ouvert ses bras,

 

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éclairant l’écorce dans son visage d’éléphant triste,

 

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faisant de la feuille

une ravissante chrysalide,

chantant les rêves des papillons …

 

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Feuille lumière,

où la lune semble être venue s’abriter,

l’espace d’un jour morose …

 

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Feuille livre,

à n’ouvrir qu’en intimité …

 

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Ou feuille espiègle

jouant avec les insectes

et les petits poissons !

 

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Automne

ô combien tonnes-tu l’allant

Automne

en milliers d’Oh qui tonnent

et entonnent le temps…

Que j’aime l’oh !

Que j’aime l’eau

qui hante-âme ses dessins d’enfant,

fins pinceaux fous,

crayons aux mines d’argent,

plumiers qui sentent si bon !

 

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Et, là-bas, près de la berge, 

Se penchent encore quelques curieuses,

à l’affût du moindre souffle …

 

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Elles n’entendirent hélas que…

la complainte d’un pont solitaire,

 

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des murmures aux fenêtres,

et des pas dans un parc …

 

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Pendant qu’au loin,

dans la forêt,

éclatait un feu d’artifice …

 

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Et que, dans le ciel,

le soleil tombait ivre amoureux d’une fleur !

 

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Soyons

les artistes de chaque saison

écoutant avec émoi

le silence de leurs frissons …!

(Sabine)

 

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J’ai envie de considérer ce petit conte, tout simplement comme un  « conte d’images »,

l’image (comme souvent chez moi) ayant inspiré le mot !

Aimez-vous cette idée ?

Je dépose donc ce billet dans le sentier de traverse « Histoires »,

il sera le premier « conte d’images » dans cette rubrique du moins.

Vous retrouverez ainsi d’autres « contes d’images » dans divers sentiers de traverse :  « Clins d’oeil » ou « Petites errances » 

ou ou ….? 

J’ai oublié mais …

vous irez bien y flâner !!!

 

 

Chien d’une vie

 

 

Une fable de mon amie Korielle (un fort joli blog) mettant en scène un renard, a fait ressurgir en ma mémoire l’histoire d’un chien,
 dont la mère avait été croisée avec un renard … 
Il s’appelait « Voyou » !

Cette histoire a ce rien d’extraordinaire et de particulier qu’elle est « mon » histoire, et ce chien fut le
chien d’une vie …la mienne !

Les mots ont mis infiniment de temps à se dénouer sur le papier, tellement ces faits sont tissés serrés
dans les entrailles de ma chair et mes souvenirs …

Je vous les raconte ici avec des mots simples, déliant leurs pas fébriles sur les pierres du temps.

Il ne s’agit pas d’un conte comme j’ai souvent plaisir à vous offrir, bien que la silhouette et le visage des évènements
pourraient largement y faire penser : c’est une simple histoire de vie !

 

 

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Chien d’une vie.

      1ère partie

 

 

 

Je préparais alors mon B.P. A – Option Hippique, de « Palefrenier Soigneur Qualifié » à Yssingeaux, en Haute Loire, ce pays
même qui deviendra mon « port d’attache » par la suite, avec tout ce que vous connaissez déjà de lui et que je vous ai livré au fil des pages.

 Nous étions en pleine période de
printemps, celle où les senteurs des prés vous attisent les sens et les papilles comme un bonbon à la menthe forte, et également en période de saillies. Des étalonniers du Haras d’Aurillac
occupaient donc les locaux du club avec leur magnifiques chevaux de trait étalons ; l’occasion pour nous, élèves, de les contempler à loisir et même de pouvoir goûter à l’étrange et nouvelle
sensation de les monter. Ce fut  fort agréable, bien que très surprenant aux premières foulées, un peu comme au départ d’un parachute où, une fois lancé, il suffit de se laisser porter par
le rythme et l’émotion !

 

Un jour, un des étalonniers vint voir quelques-uns d’entre nous, ceux et celles en qui il avait sûrement senti que son appel
toucherait. Il avait en effet recueilli un drôle de chien, de très petite taille, zébré et à l’incroyable couleur « orange » !

On ne sait par quels curieux effets ce chien l’avait envoûté, mais il aurait été prêt au pire pour le sauver, jusqu’à se
séparer de sa compagne qui refusait d’héberger cet animal …!

Et nous voilà, en pleine période d’examens, avec un chien sur les bras …

Mais la solidarité a bien sûr joué : Guittou le normand, un « paleux » (c’est ainsi que nous nous surnommions), le pris en
cachette au lycée agricole et lui fit partager son lit pour une nuit. Puis, vint le tour d’une autre paleux qui, déjà, ne s’en sortait pas avec son jeune écervelé de brillard …

Et tout ce petit monde finit par atterrir chez moi, en catastrophe !

J’étais locataire d’une jolie maison , flairant bon l’herbe et le ruisseau, d’où je devrai partir, deux à trois mois plus tard,
avec la détresse comme seul paquetage (mais cela fait partie d’une autre histoire !).

Nous avions déjà deux chiens, mon premier compagnon et moi-même, mais, sur un flot d’insistances on ne peut
plus attendrissantes, je finis par accepter de le recueillir et, élan qui devenait inévitable avec ce chien, le garder !

Car, le côtoyer c’était ne plus pouvoir s’en défaire et devenir, en quelque sorte, comme aimanté à lui, à
son regard et à tout ce qu’il pouvait représenter, il créait une approche inimaginable !

Pourquoi ? Parce qu’il était, d’une part, surnaturellement intelligent et, d’autre part, parce qu’à chaque
tour d’horloge il fallait le sauver d’un danger imminent ! Il avait la véritable vocation du danger, j’en suis toujours intimement convaincue à l’instant où je vous écris.

Son départ dans la vie en témoignait : il venait de se sauver d’un élevage de Loulou de Poméranie. Comment,
lui, avait-il pu arriver dans cet élevage et, surtout, comment avait-il trouvé le moyen de s’en échapper ?

Aussitôt après l’obtention de mon examen, je suis partie avec ma meilleure amie de stage « Betty », chez
elle, dans son Pays Basque, avec l’espoir de pouvoir travailler en écuries de courses de Pur Sang. Betty avait été driver chez les trotteurs. Je n’emmenais pas grand chose, me trouvant dans une
situation des plus précaires et désespérées, si ce n’est que cette adorable p’tite chose orange zébrée sur qui l’oeil devait veiller en permanence et que j’avais baptisé
« Reggae ».

Il fit, à maintes reprises, l’attroupement général sur les quais de gare où nous nous arrêtions. Il réussit
même à se faire offrir, et de plein gré, le contenu d’un sandwich appartenant à un voisin de compartiment (qui dût, par la force des choses, se contenter de deux tranches de pain sec pour son
repas !).

Unique, ce chien était unique et somptueusement désarmant !!!

 (Ah, je sens en vous l’envie de le connaître, au-delà des mots !

Or, j’ai eu beau chercher et m’entêter,  durant des heures et des heures, je n’ai pas réussi à trouver
la moindre photo de lui …)

 

 

Après avoir battu la campagne, je finis par trouver une écurie où exercer (dont je partirai aussi plus
tard, abusée et déçue, exploitée jusqu’au cou !).

L’écurie en question se situait dans les Landes, près de Dax. Je quittais donc Betty, le coeur lourd,
chargé à rabord de tant de souvenirs forts, mais l’aventure m’attendait car, vouloir se lancer dans le métier de jockey, en était réellement une !

Et me voilà partie, l’âme naïve et la tête écumante de grands et beaux projets avec, comme seuls bagages
sous le bras, une montagne d’énergie et un chien fantasque ;  
chien qui effraiera vite le propriétaire
de l’écurie, se couchant sans la moindre méfiance entre les sabots des chevaux ou se plaçant juste derrière …

Jusqu’à là, il ne lui était jamais rien arrivé car il y avait toujours eu une main attentive pour le tirer
d’un drame !

 

Je ne resterai que quelques mois au sein de cet univers déroutant, où tout n’est qu’argent et caprices en
tous genres.

Entre mes heures de travail (une moyenne de 14 à 18 heures par jour), j’allais soigner en douce de jeunes
chevaux laissés totalement à l’abandon pour la seule raison qu’ils ne donnaient plus les résultats espérés : certains d’entre eux se trouvaient dans des états à « faire vomir » !

J’étais heureuse de reprendre mon baluchon bien qu’à la fois perdue, car, suite à de graves incidents,
 nous n’avions plus de domicile, mon compagnon (qui deviendra le père de mes deux premiers enfants « Yoann et Gwen ») et moi.

J’atterris dans le grenier d’un hôtel restaurant, où il avait réussi à se faire héberger,  le temps de
mon escapade dans les Landes. Un lieu gravé dans ma mémoire ! L’Hôtel avait les pieds dans le Lignon, magnifique rivière où nous allions braconner la truite pour pouvoir manger. La route y
passait aussi, serpentant entre bois et maisons isolées …

Reggae allait faire la connaissance de nos deux autres chiens : « Peggy », la chienne de mon compagnon, une
épagneule au grand coeur alors âgée de 14 ans, subjuguée par la musique de Wagner qu’elle aimait à écouter religieusement, et « Païs », un cocker spaniel, trouvé en plein coeur d’une pinède, dans
le tout premier club hippique où je travaillais avant de passer mon B.P.A.

Païs avait un sacré caractère, très « chef de meute » et plus têtu qu’un régiment de mulets ! C’est le
violon, lui, qui le rendait vulnérable et le faisait même pleurer !

Ces deux chiens-là étaient d’émouvants mélomanes !!!

 

Entre Païs et Reggae, des liens forts se scellèrent très vite, une ardente sympathie naquit dès les
présentations ! Autant fous l’un que l’autre, il leur arrivait de s’échapper pour aller se rendre dans les bois, en face, traversant ainsi brutalement la route, jusqu’au jour où
…..

Reggae resta sur le pavé !

 

 

Nous l’avions déjà sauvé mille fois de la mort, depuis mon retour des Landes. Je me souviens, entre autres,
du nid d’insectes meurtriers où il avait voulu plonger la tête. Mais, cette fois-ci, c’était la bonne, personne ne put dévier le destin !

Païs resta à gémir près de son ami, au beau milieu de la route, comme pour couvrir et protéger sa dépouille
des voitures qui passeraient …

On eut toutes les peines du monde à le défaire du corps de Reggae, ce spectacle était des plus déchirants
!

 

Nous sommes allés enterrer Reggae dans le bois .

Dès cet instant, je ne pus me résoudre à vivre sans ce chien. Un besoin s’était installé dans mes viscères,
me hantant jour et nuit, avec rage : 

                             
                 retrouver le même chien !

 

 

 

__________________

 

 

 

 

 

 

2ème partie.

 

 

 

Dès le lendemain, je fis toutes les fermes du pays !

A l’époque, vivaient encore de nombreux troupeaux, avec leurs chiens de bergers.

Au bout de 3 à 4 jours d’intenses recherches, on nous indiqua une maison, isolée dans le village de Queyrières…

 

C’est une maison bleue,

Que colore la lauze

Adossée à la montagne

On y vient à pied

On ne frappe pas

Les chiens ont jeté la clef !

 

 

 

Il n’y avait personne ce jour-là mais tout était ouvert, à notre grande surprise …

Un voisin nous avait dit : « Il ne ferme pas souvent, m’sieur Boucher, mais m’étonnerait que vous arriviez à rentrer
! »

Après avoir essayé quelques pas dans la cour, nous nous dîmes intérieurement : « Que nenni, ce voisin nous a fait peur pour
rien ! »

Nous vîmes alors deux petites oreilles par-dessus un muret, puis deux autres par-dessus un ballot de paille, puis des tas et
des tas d’autres, autant de petites choses ne dépassant pas la hauteur de 3 pommes et ressemblant furieusement à des renards, surtout la mère, et envers lesquelles notre instinct nous commandait
de ne pas faire un pas de plus !

Les aboiements qui fusaient de toutes parts alertèrent vite le maître des lieux.

Les brèves présentations n’étaient pas de mise dans ce pays (Brassens le savait bien !) et nous eûmes droit aux verres de
« bonne piquette », déposés fièrement sur la vieille table en bois, entre poussière sentant bon le fumoir et, par-terre, les gamelles des bêtes.

Nous étions en plein coeur du Meygal. M’sieur Boucher était aussi petit que ses chiens et avait l’oeil aussi malicieux ! Il
nous raconta toute l’histoire de ses protégés. L’atmosphère ressemblait étrangement à celle d’une veillée de Chabrol !

La mère de toute cette marmaille s’appelait « Sheila » et avait été croisée avec un renard, elle nous regardait avec un mélange
de compassion et de méfiance.  Le père présumé était un berger allemand répondant au nom tendrement burlesque de « Ringo » ! (leur rencontre était en quelque sorte prédestinée !).

Sheila venait de faire des chiots mais, la famille devenant trop nombreuse, notre « Père Boucher » en avait confiés à un voisin
en contrebas.

Je ne mis pas longtemps à m’y rendre avec lui, j’avais le coeur mystérieusement battant ….

On nous conduisit dans une étable où deux adorables marmots dormaient dans la bouse ; le fermier avait cru bon les placer là
pour les maintenir au chaud !

J’en choisis un, sans trop hésiter, il s’appelera « Voyou », en mémoire du chien d’un Cadre Noir qui m’initia aux chevaux et
pour lequel  je vouais une admiration sans borne.

 

J’étais tellement « ivre de joie » ce soir-là que je fis dormir Voyou dans mon lit, serré tout contre moi, après avoir tout
juste pris la peine de débarrasser son poil gluant des particules de bouse qui voulurent bien tomber !

Les draps, le lendemain, dégagèrent comme une forte odeur de terroir, qui n’avait vraiment rien à voir avec celle, fraîche à
souhait, du linge étendu sur l’herbe au printemps …

Je dus également le traiter en urgence et, dès le lendemain, contre les ascaris dont son intestin regorgeait !

 

Je n’ai trouvé qu’une photo de lui , ne le représentant pas au mieux, mais vous allez essayer !

Il avait du renard la taille, la forme du museau, les oreilles toujours bien dressées, les cinq griffes aux pattes-avant qui
le faisaient escalader à une vitesse déconcertante les orgues surplombant notre maison, et, surtout, l’intelligence et l’instinct !

 

 

 

 

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Pas un poulailler, même le plus hermétiquement fermé, n’échappait à son flair, il fallait d’ailleurs infiniment prêter
attention. Il sentait les poules à mille lieux à la ronde !

Comme il sentait également toute personne qui, à notre égard, aurait pu nous être un tantinet hostile ; il avait alors une
façon de soulever un coin de lèvre qui faisait reculer les plus intrépides ….

Du haut de ces quelques petits centimètres, il savait devenir terrifiant !!!

Tôt, le matin, il réveillait de sa voix perçante la montagne encore endormie, et tout nous revenait en écho vibrant, mêlé aux
foulées lointaines des troupeaux.

La neige parfois en hiver avait une odeur de pomme …

De retour, il s’asseyait sur une chaise, toujours la même, devant la table de la cuisine en terre battue, et attendait qu’on
lui serve son bol de lait.

Nous avions recueilli un jour une vieille jument borgne, que nous avions appelée « Cosette ». Je me souviens
l’avoir vu grimper sur le muret de notre jardin pour lui lécher l’oeil malade : son coeur valait plus que de l’or !

Dès la naissance de mon fils (Yoann), il prit l’habitude de se coucher devant sa porte. Il faisait, bien sûr,
partie de toutes nos longues virées à travers la campagne, accompagnant le grand landau à quatre roues hautes, de ces confortables landaux comme on en fait malheureusement
plus.

Ne pouvant à la fois tenir la laisse du chien et maintenir la direction du landau, j’attachais Voyou sur un
côté. Il marchait au rythme des roues, s’arrêtant en même temps que nous avant de traverser la route. Il donnait l’impression d’avoir été programmé pour cela, avec douceur, et exerçait tout avec
calme et aisance : ce chien était hors norme !

Tous les fermiers des environs le convoitaient, devinant en lui, sans aucun doute, une intuition et des dons
particuliers. Aussi, lorsqu’ils nous voyaient passer, ils me le demandaient pour leur troupeau. Je n’ai jamais accepté de le donner jusqu’au jour où …

je fus obligée !

 

 

Nous déménagions sur Alès, en Basses Cévennes, dans un H.L.M où je l’imaginais mal vivre et s’adapter, et puis
il n’était pas chien à quitter son pays, sa terre !

Des trois chiens, nous n’avons gardé que Peguy. Païs est allé égayer les jours d’une mamie et, peut-être,
l’initier au violon. Quant à Voyou, il a rejoint son fief natal, Queyrières, près de la forêt du Meygal, chez des fermiers qui avaient besoin d’un chien de troupeau
supplémentaire.

Dans ces lieux de vie où l’on peut se demander si les maîtres avaient de quoi manger, on savait pertinemment
qu’il y aurait toujours pour les chiens, on ne se posait même pas la question !

Les bonnes soupes remplissaient les pots, souvent faites avec du gras de viande, un peu de pain et d’autres
« ingrédients maison » dont ils avaient le secret.

L’affection ne manquerait pas non plus, je ne me faisais aucun souci.

Et Voyou, de son côté, avait depuis longtemps tout compris, il avait tellement partagé notre misère
!

Sur la route qui menait jusqu’à la ferme où j’allais le laisser, je m’en souviendrai toujours, il marchait à
mes côtés d’un pas tranquille, tout en écoutant mes paroles maladroites lui disant que je ne pouvais faire autrement que de l’abandonner ici.

A un moment donné, il leva le regard vers moi, et je pus y lire avec une poignante émotion ceci « Ne t’en fais
pas, je comprends ! »  et …

je me tus, la gorge effroyablement nouée …!

 

 

 

 

Une bonne dizaine d’années plus tard, je revins sur les mêmes lieux, avec mon compagnon actuel et mes enfants,
dont j’avais déjà bien immergé la tête de cette histoire …

Parvenus devant la ferme, un climat de silence, pour ne pas dire de « mort », nous saisit de pied en cap
!

Les minutes nous parurent pesantes, interminables, jusqu’à ce qu’un des fils, jeune homme étonnement long et
maigre, apparut.  Après lui avoir exposé les motifs de notre venue, il nous conduisit sur le seuil de la porte d’où nous aperçûmes la mère, assise sur un large fauteuil. Sa santé semblait
l’obliger à s’y tenir immobile. Nous ne la verrons que de dos,  elle resta désespérement tournée vers la fenêtre, et nous n’entendrons de sa bouche, vidée de paroles, qu’un faible « bonjour »
!

Cette image me glace encore de toutes parts aujourd’hui …

Je me souvenais d’une femme vigoureuse, et de ses deux belles joues rouges, toutes gonflées de vie, et si
alerte en paroles ! Elle m’avait dit, en contemplant Voyou : « Lui, il dormira avec moi sur le lit ! »

Le fils nous expliqua qu’aussitôt le père mort, Voyou avait pris le chemin de la forêt du Meygal et

 personne ne l’avait jamais revu !

 

 

Nous remontâmes dans la voiture, à pas lents et recueillis, funestement effondrés par cette nouvelle

Mes enfants et mon compagnon étaient aussi affligés que moi, comme s’ils avaient porté avec moi toute cette
histoire, sur les épaules de leur coeur, et durant tout ce temps !

 

De la vitre, où défilait le paysage de ma mémoire, je revoyais son regard et dis tout à coup ceci : « Je connais
enfin l’endroit où je veux que mes cendres soient éparpillées ….

dans ce versant de la forêt du Meygal !  »     

 

 

 

____________

 

 

 

Je resterai quelques jours sans écrire, cette histoire m’a vidée !

Je vous laisse ainsi le temps de vous en imprégner à votre rythme et, peut-être, de…

l’aimer !


 

 

Le hérisson et la tortue

 

Pour la première fois,  je vous offre ma voix entrain de lire un conte que j’ai composé « le hérisson et la tortue » 

Cet enregistrement étant donc une « toute première naissance » ,  je vous avoue avoir le coeur battant un peu la chamade !

 

 

ECOUTER (en prenant soin d’éteindre le lecteur du blog, sur la colonne de droite, juste
dessous ma liste d’amis)

 

 
 

 

 Le hérisson et la tortue

 

Dans la folle vapeur des vagues, au petit jour, Mao
marche sur la plage, la sculptant de ses pieds nus.

Un enfant s’amuse avec un cerf-volant en papier journal …

Sur toute la largeur de ses épaules, Mao porte un sac en raphia qu’il maintient de ses mains par les deux
bouts ; ce fardeau semble lourd, faisant basculer sa tête vers l’avant.

 Son visage est joyeusement distrait, il parle, il chante, sa voix est chaude et rieuse comme
l’éclat d’un fruit que l’on a envie de croquer…

Ce matin, il achemine sa fortune !

Tout à l’heure, il était encore à genoux dans le sable, le bras parfois enfoncé jusqu’au coude,  à
récolter des oeufs de tortues…

Il en avait rempli son sac, et c’est cette denrée sacrée qu’il était entrain de traîner sur son corps
suintant …

Mao habitait avec sa famille dans un petit village, au creux des dunes, ballotté par les
flots.

Il menait à présent une existence heureuse, ce qui n’avait pas toujours été le cas.

Enfant, il avait appris l’école dans la rue, entre deux cageots de bois.

Il survécut comme il put, trouvant toujours un carton pour se faire un abri, dans son coin de ville sans
égouts ni lumière, où les forêts au loin ne sont plus que des monts ras et poussiéreux.

Mais il savait rêver …

Du temps où sa grand-mère lui préparait encore quelques fruits et une poignée de maïs bouilli pour son
petit ventre, les yeux plongés dans le bol de café fumant, il rêvait d’enjamber dans la jungle les jolis ponts suspendus, et il savait imaginer les nuées de papillons, les couleurs des toucans et
les belles orchidées nichées dans les troncs d’arbres …


 

Mao venait de quitter la plage et s’engager sur un sentier de traverse, rejoignant une rivière à
mangroves …

Il poursuivait en silence quand, un singe hurleur le fit sursauter.

Dans un mouvement de surprise, il trébucha contre un arbre, accrochant par mégarde son sac à une branche

Il le récupéra sans effort mais le raphia s’était légèrement déchiré et un oeuf s’en était échappé
!

Il continua vers sa destination, ignorant tout de l’histoire qu’il allait laisser derrière lui
!

 

L’oeuf était tombé à côté d’une superbe cabane en bois flotté… 

Au premier abord, personne !

Mais, qui pouvait bien habiter là ?  A vue d’oeil, sûrement un ébéniste !

Dans ce paysage de mousses et d’eau, règnaient le jacana et le grand héron.

 Une barque s’approcha…

De loin, on entendit quelqu’un renifler bruyamment, grogner même : c’est « Jef l’hérisson » et c’est
aussi l’occupant de cette ravissante nacelle en bois de balsa, petit chef d’oeuvre de sa fabrication.

Il mastiquait autant qu’il grognait !

Il était sur un bon coup mais le bruit que fit Mao en détachant son sac, l’avertit aussitôt qu’une action
peu banale s’était produite près de sa demeure.

Alors, il dut laisser choir son frugal repas, fait de vers de vase, d’artémias et de
daphnies….Et elle résidait bien en cela la raison de sa mauvaise humeur .

Jef ne ressemblait pas aux autres hérissons.

Il ne mangeait pas d’insectes, d’oeufs ni de fruits, seules les panacées de poissons faisaient son
bonheur !

Plusieurs passions le nourrissaient également : la pêche dans sa rivière,  le travail du bois et la
musique …

Autant vous dire qu’il ne s’ennuyait jamais !

Une fois parvenu au seuil de sa porte, il regarda, consterné, cette curieuse balle de golf,
atterrie, là, sur son sol, et qui n’en était pas une bien évidemment…

Il réfléchit un long moment et tout à coup se rappela !


Son ami, le héron, lui avait maintes fois raconté…« l’histoire de l’arribada »

Au dernier quartier de lune du cycle sélénite, la nuit tombée et à marée haute, des dizaines de milliers
de tortues marines convergent  pour pondre des millions d’oeufs. Elles creusent un trou dans le sable avec leurs pattes ou rament en arrière et y pondent leurs oeufs qu’elles recouvrent avec
la plus extrême minutie avant de retourner à la mer.

Elles sont si nombreuses qu’elles se touchent, se poussent, s’entrechoquent …C’est un spectacle
inoubliable !

Et c’est, paraît-il, tellement beau, vers les cinq heures du soir, toutes ces voûtes d’écailles sous les
splendides lueurs orangées du soleil ….

Les premiers nids sont souvent déterrés, piétinés ou abîmés par les pontes suivantes.

Aussi,  les habitants du village sont autorisés à collecter les oeufs durant les deux premiers jours
de l’arribada.

 

« Oh toi, dit Jef en jetant un oeil attendri vers son protégé,  tu ne seras pas mangé tout cru
dans un cocktail d’épices, sur le coin d’un comptoir ! » 

Il ne pensa plus à grogner …

Mais, comment cet oeuf avait-il pu arriver jusqu’à là, songeait-il avec émotion !

Il l’enveloppa de terre douce, à l’ombre d’un tamarinier, dans un coin de son jardin et …il attendit
!

 

 

Il attendit ainsi des jours et des semaines, le couvant de son regard …

Un tas d’idées surgissait souvent de son esprit ! Il imaginait « son » oeuf, parce qu’il
était devenu le sien, sur la plage, entouré de ratons laveurs ou de coyotes alléchés par l’odeur. Il voyait rôder autour de lui les vautours à tête noire ou à tête rouge et les crocodiles

Il était bien mieux sous son arbre !

Chaque soir, à l’apparition de la lune, il sortait son carimba et le berçait de sa chanson
douce :

« Avec mon carimba

Je suis le plus heureux

De son arbre le paresseux

Descend dès qu’il me voit

 

Au son de mon carimba

Les lianes batifolent

Et tous les cerfs-volants

Se transforment en  oiseaux ! « 

 

 

 

Un soir que la nuit était fraîche et que les étoiles faisaient la fête dans le ciel, il
avait eu envie de s’asseoir près du nid de terre douce qu’il avait construit avec tant d’amour …

C’est alors qu’il entendit des petits bruits secs, à peine audibles, un fragment de terre
s’écroula à ses côtés,  et une tortue en sortit …

Elle avait un joli bec de perroquet et la couleur de l’olive , qu’elle était belle
!

Jef tâtonnait de ses doigts tremblants et malhabiles le sol encore tout
chaud…

Il s’y était pourtant préparé mais ses yeux ne parvenaient pas encore à  croire à ce
phénomène merveilleux …

Et, comme si ce prénom avait toujours été déposé sur ses lèvres à son insu, il la baptisa
« Néréide »

 

Elle avait bien fait, Néréide, de sortir à la fraîcheur. Tant de ses congénères mouraient
brûlées d’être nées trop tôt sur un sable cuisant !

Elle échappait aussi aux cinglants coups de pinces des crabes, aux fatals coups de bec des
charognards …

Toutefois, il lui fallait de l’eau sans trop attendre.  Vite la rivière
!

Jef l’amena dans son univers aquatique, faute de mieux.

Néréide s’y adapta avec une incroyable désinvolture …

Comment ne pas raffoler d’un tel écrin de verdure, perdu entre volcans et rochers
!

Et Jef ne vivait que pour la gâter, la dorloter, occupant toutes ses journées à lui pêcher
des anguilles et une armada de petits poissons. Il n’avait même plus le temps de travailler le bois ou de jouer de la musique.

Il n’avait d’ailleurs plus le temps de rien !

 

Un jour cependant qu’il revenait en sifflotant, la nacelle emplie de victuailles, il la
trouva dormant sur un coin de sable, la tête et le corps recroquevillés sous sa carapace ….

 Depuis quelque temps, elle avait pris la triste habitude de s’isoler et ne mangeait pratiquement plus.

Jef avait beau retourner la situation dans tous les sens pour essayer de comprendre ce désarroi, mais en vain
!

Alors, il l’a laissée tranquille, respectant son apathie et sa soif de solitude …

Sa tortue était malade, mais ….de quoi pouvait-elle bien souffrir ?

N’en pouvant plus d’inquiétude, il se décida un jour à aller lui parler, persuadé que le dialogue portait
toujours ses fruits.

Néréide eut, d’abord, infiniment de peine à sortir quelques mots, puis, au fur et à mesure que la conversation
prenait tournure, elle sut déverser le contenu de son coeur et …elle expliqua !

 

 

Par un bel après-midi, aux vapeurs tièdes et affriolantes, elle s’était aventurée un peu
plus loin que d’ordinaire ….

Attirée par l’irrésistible beauté des roses de porcelaine, elle s’était arrêtée un
moment.

Là, sur ces touffes délicieusement charnues au parfum surprenant, se tenait un véritable
concert ! Elle reconnut la voix du colibri bavard …

Mais il semblait y en avoir cent, voire mille, et tous parlaient en même temps
!

Les sujets s’abordaient pêle-mêle, un peu de tout, beaucoup de rien et, soudain, elle
n’entendit plus qu’une voix …

Cette voix racontait « l’histoire de l’arribada » ,

celle des mamans tortue venues faire leurs petits sur la plage !

Elles sont des milliers, disait la voix, à chaque minute en surgit une de l’eau

La peur les fait pondre très vite et regagner en toute hâte la mer.

Les hommes arrivent alors, tels des rapaces, pour cueillir les premiers oeufs qu’ils
revendront à bon prix ou utiliseront comme aphrodisiaque ….

Néréide ne put en supporter davantage et elle s’en retourna, la tête ravagée de tout ce
qu’elle venait d’entendre !

S’en suivirent de longs jours, où son esprit fut torturé par maintes questions, auxquelles
elles ne savaient répondre, sur le pourquoi et le comment de sa naissance, les  intentions de Jef et les couleurs de son vrai milieu naturel ….

Partagée entre le rêve, la révolte et le doute, elle ne parvenait plus à entendre le doux
chant de l’amour ……

Jef l’écoutait, le coeur serré et à son tour …il expliqua !

Il lui parla de ce trésor qu’il trouva près de sa porte et qui lui fit battre le coeur
comme le plus fougueux des torrents, de l’impression qu’il avait ressentie de loin le faisant ramer tel un forçat…

Il lui raconta le nid de terre douce, les mélodies rimées pour elles au clair de lune et
ses larmes de joie lorsqu’elle sortit du sol, ce sol qu’il avait caressé et nourri avec la même tendresse que pour le ventre d’une maman !

 

Néréide s’était approché de Jef,  et  l’on pouvait voir dans ses deux prunelles
rondes toute la compassion du monde …

Elle lui avoua alors être habitée depuis par une sensation étrange, ressemblant fort à un
terrible vide, un besoin, une absence …

Jef entrevut aussitôt le visage de ce mal , il faisait partie de ces ivresses
indéfinissables  qui s’installent en nous sans prendre de billet de retour, il portait bien des noms mais s’appelait ici 

« Appel du large »

 

 

Jeff n’avait jamais pris la mer, il aurait pu, il suffisait de suivre sa rivière, mais il
n’avait jamais osé.

Cette fois, il vaincrait sa peur, et il entreprit le projet fou de reconduire Néréide
jusqu’à la mer !

Jef pensait qu’il était temps pour Néréide de rejoindre les siens et qu’il n’avait plus le
droit de la tenir enfermée dans ce joli sérail verdoyant.

Son sang, sa chair, ses racines appartenaient à cette errante au regard lointain, qui fait danser l’infini
telle une gitane en robe d’écume …

Et ils partirent tous deux vers elle, pour un voyage exaltant !

 

 

En la découvrant, ils la trouvèrent à l’image de leurs rêves et même plus éblouissante encore …

Après avoir promis à Jef de ne jamais l’oublier, Néréide plongea dans ce paradis bleu comme si elle ne l’avait
quitté que de la veille.

Jef resta scellé sur le sable jusqu’à temps de ne plus apercevoir de Néréide qu’un point invisible sur
l’horizon !

 

Mais, les nuits d’étoiles, lorsqu’il lui semble entendre son cri au loin, Jef retourne seul jusqu’à la
mer.

Alors, il sort son carimba et chante :

 

 

« Avec mon carimba

Je suis le plus heureux

De son arbre le paresseux

Descend dès qu’il me voit

 

Au son de mon carimba

Les lianes batifolent

Et tous les cerfs-volants

Se transforment en  oiseaux ! « 

 

Et les larmes qui perlent sur son manteau de bois, en branches enchevêtrées, forment le
plus somptueux des bouquets de rosée …..

 

 

Dans la folle vapeur des vagues, il était une fois Mao, un homme rêveur, semant une
majestueuse graine d’amour, 

et un cerf-volant en papier devenu un gigantesque oiseau …!

 

               Sabine.


 

L’aigrette et le cygne

 

Pour répondre au gentil défi de mon amie Roselyne link sur la « ronde des petits animaux »

 

 

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En plein coeur des marais, les yeux inlassablement tournés vers le haut promontoir au loin où se dressent les vestiges d’un vieux donjon, sans doute l’un des plus beaux de France, et où jadis était cultivé le sel, une aigrette, douillettement installée sur le dos d’une vache, devenue son amie, d’un plaisir inassouvi l’écoute …

Elle l’écoute lui raconter tous ces divins commérages entendus d’on ne sait où ? Elle lui parle d’un temps, bien reculé, où la mer aimait encore à marcher sur l’intérieur des terres, s’amusant à cogner les remparts, et, lorsqu’elle se retirait, le joli donjon s’entourait alors d’une splendide vase bleutée, la broue, d’où il tira d’ailleurs son nom  « La tour de Broue » !

Elle lui conte la gabelle et l’ambiance animée des halles aux vivres, et ces femmes qui gravissaient les marches des remparts afin d’aller y observer quelques navires mythiques, qui parfois leur faisaient verser de chaudes larmes, leur rappelant un amour perdu …

Le sol était des plus fertiles en ce temps et le bois abondait , le cèdre guérissait du scorbut et les pêcheurs de morue sillonnaient les côtes qui résonnent encore de leur franc parler !

Dans ce pays, on y extrait aussi de l’argile, et on y fabrique de jolis carreaux en terre cuite, et notre conteuse maraîchine connaît même les endroits où subsistent encore des fours à briques …

Elle en connaît des mystères, des trésors et des histoires et l’aigrette , à défaut de petits insectes ou vertébrés aquatiques, se gave de toute cette magie !

Elle entretient d’excellentes relations avec l’épervier, le cormoran, le cygne, et même le ragondin ou le héron, mais c’est inlassablement sur le dos de sa conteuse ruminante qu’elle se sent le mieux …

Un jour que l’aigrette sommeillait sur le bord d’un fossé, un beau cygne passa

Sur l’instant, elle crut à un mirage, tant son corps se déplaçait avec grâce, mais ce qui la fascina le plus  fut son air délicieusement absent …

Il avait même légèrement détourné la tête en la voyant, comme s’il voulait à tout prix préserver son sommeil… Oh! comme il devait être charmant !

Dès lors, l’aigrette ne put se détacher de cette sublime vision et elle essaya de glaner ça et là quelques informations mais personne aux alentours ne connaissait ce mystérieux cygne.

Aucun ne lui avait vu de dulcinée et encore moins de petits cigogneaux.

« Mais, vas donc voir ton amie, lui dit d’un ton empressé un héron entrain de guetter fébrilement son anguille, celle qui sait tout ! Je suis sûr qu’elle en aura entendu parler ! »

Sur cette précieuse suggestion, l’aigrette qui avait déjà l’intention de se rapprocher de sa conteuse, prit sans plus tarder ses longues jambes de danseuse à son cou !

Une fois posée sur le dos de son amie, c’est elle qui pour une fois engagea la conversation.

Elle lui expliqua son ivresse d’un instant, son fol émoi et son coeur qui, depuis, battait comme le vent dans sa poitrine !

Notre conteuse, à ces mots, devina rapidement la suite …

Or, ce cygne, bien sûr qu’elle en avait entendu parler …Car, des espèces comme celui-là, les marais pouvaient les compter sur le bout de leurs roseaux !

« Ce cygne là, ma belle, n’est pas de nos prairies humides. Il loge vers un endroit des plus ensorceleurs, où je ne te conseille pas de mettre les pattes…

On y aurait vu autrefois des druides, cueilleurs de gui, envahir la peupleraie, qu’ils hanteraient encore de nos jours. Au solstice d’hiver, on y entendrait leurs rires et leurs serpettes d’or fouetter l’air sauvagement…

A quelques pas de là, se dresse un vieux logis tout en pierres, emprisonné dans ses remparts, où le lierre a planté avec force ses doigts grêles et crochus …

On dit encore que deux chouettes hulottes font tressaillir les arbres à mille lieux à la ronde de leur souffle bruyant et lourd … »

L’aigrette à ces mots, qui ne semblait pas effrayée pour le moins du monde, s’empressa d’extirper de son amie les derniers détails juteux, qui lui permettraient de se rendre dans cet endroit si ésotérique et elle fila !

Elle n’eut pas beaucoup de peine à reconnaître les parages, si extraordinairement décrits par sa conteuse fétiche, elle s’y aventura toutefois avec précaution, guettant le moindre murmure, la plus imperceptible présence …

Elle atterrit dans un des jardins du logis.

Au départ, tant nourrie de méfiance, elle avança sans trop lever la tête ni regarder aux alentours, de peur de voir apparaître un quelconque fantôme par les fenêtres.

Puis, au fur et à mesure qu’elle marcha, elle se laissa gagner par une sorte d’enchantement, ne pouvant plus établir le moindre parallèle entre tout ce qu’elle avait entendu et tout ce qu’elle était entrain de vivre…Son amie se serait-elle à ce point trompée ? Ou, n’avait-elle eu écho que de certains événements, au détriment des merveilles de ce paradis qu’elle était entrain de découvrir !

Elle vit une petite chatte endormie dans la paille entre trois adorables chiots, le gigantesque laurier thym grouillait d’oiseaux et cette symphonie unique donnait un air de fête, derrière chaque volet se cachait un de leurs nids …

Quelques petites plateformes en bois avaient été installées le long d’un grillage, où venaient manger le rouge gorge, la mésange et la tourterelle …

Un merle dodu l’invita à le suivre, pointant du bec un peuplier où se tenaient deux corbeaux, l’un d’eux, lui expliqua-t-il, avait été hébergé, soigné et nourri ici alors qu’il ne savait presque plus voler !

Entre lilas et pêcher, l’aigrette aperçut une singulière petite maison en bois enfermant des peintures ethniques, sans doute l’atelier d’un artiste …

Plus elle décelait les secrets de cet univers quelque peu hors du temps, plus elle comprenait le choix pertinent de son cygne !

Son instinct la poussa à survoler les remparts, peut-être rencontrerait-elle le corbeau jadis blessé, mais c’est indéniablement autre chose qui l’attirait …

Elle l’avait entrevu en venant, elle qui aime tant se mirer dans les eaux douces !  Il y avait là, juste derrière les jardins, un magnifique marais recouvert de lentilles, tout y était d’un joli vert comme sur une rizière, et elle avait aussitôt reconnu la demeure des grenouilles ! 

Mais, à mesure qu’elle s’approchait, elle crut voir entre les hautes herbes une esquisse d’albâtre glisser sur l’eau …

Non, elle ne glissait pas, elle ….déroulait chacun des rires du temps !

Il était là, embrassant l’eau de la douceur et l’élégance d’un menuet, le virtuose de son coeur, son bel hobereau …son cygne !

Elle avait bravé pour lui tous les interdits, se rendant sourde à tout, même à l’écho de voix de sa meilleure amie …

L’amour, c’est bien connu, donne toutes les audaces !

Mais elle ne regrettait rien car, cette fois-ci, il n’avait pas détourné le regard

Plus tard, elle irait revoir sa conteuse chérie et, du haut de sa butte sacrée, elle lui raconterait la sérénité des heures ici, la féerie des oiseaux et ….le sourire attachant d’un  » passant des rives » !

 

Sabine.  

 

 

En allant rire dans nos jardins …

 

Je dédie ce conte, que je viens de composer, à tous ceux et celles qui ont perdu espoir
ou sont sur le point de le perdre …


_________________    

 

 

 

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Un jour qu’il se lamentait sur son triste sort, avec cette étrange sensation d’avancer dans le vide,
l’hiver se décida à quitter sa tanière solitaire et s’en alla voir son voisin l’automne, dont il entendait souvent au loin les cascades de rires …

« Dis-moi, gentil gai luron, pourquoi le temps ne s’acharne-t-il pas sur toi ?

Moi, il me fait ployer comme un vieillard et ne me laisse même pas le moindre oripeau pour me vêtir
!

A toi, il n’a rien enlevé ! Il t’a laissé du rouge aux joues, des étoiles dans le fond de tes pupilles et
des senteurs de bois sur ton coeur …

Et, tu en fais des farandoles et des farandoles, je t’entends souvent, mais où trouves-tu toute cette
énergie ?

Le temps semble t’ignorer ! »

« Le temps m’ignorer ? » répondit l’automne à la fois surpris et quelque peu amusé !

« Mais il a bien tenté, moi aussi, de me prendre dans ses filets et me réduire à néant mais
…je ne l’ai pas écouté !

Si tu as su entendre mes farandoles, as-tu su également tendre l’oreille au vent, à ce vent
ravageur qui cherche sans répit à décoiffer mon âme, qui sans cesse entre le gris et le bleu me ballotte pour me désorienter. Et crois-tu que mon coeur ne devrait pas saigner, lui aussi,
lorsqu’il voit tous ses rires un à un quitter le nid, pour aller s’étendre sur un sol mouillé …

Mais, vois-tu, j’ai toujours su garder en moi une réserve de bonheur !

Et, sais-tu où elle se trouve ? Dans une jolie boîte…

Je l’ai fabriquée avec des brindilles d’espoir, que j’ai assemblées une à une, et y ai
collé une belle étiquette afin de ne jamais la perdre de vue, où j’ai inscrit ces mots : Mes Rêves d’enfant.

Alors, ce vent, je l’ai pris à son propre jeu, le désarmant à mon tour !

Je lui ai parlé un autre langage, je l’ai en quelque sorte apprivoisé

Il fut si heureux qu’il fit danser à nouveau mes rires et il déploya pour eux de longs
tapis châtoyants où des ribambelles de garnemans vinrent courir et des promeneurs romantiques réchauffer leurs pas.

 Comme je te l’ai dit, j’ai toujours conservé mon âme d’enfant et, entre deux lourdes
averses, je ne m’ennuie jamais …

Je continue à dessiner avec des crayons de couleur, à faire des cabanes et croquer des
colliers de bonbons …Il te suffit de contempler cette vie dans ma demeure !

Le bonheur rend artiste, tu sais …Si tu veux, je peux te montrer ! »

L’hiver, toujours un tantinet méfiant, accepta toutefois de rester quelques
jours.

Puis, il s’en retourna, à la fois émerveillé et craintif !

Toutes ces splendeurs qu’il avait vues chez son voisin l’automne, bien sûr, lui avaient
donné envie, mais il pensait déjà intérieurement que ses pauvres mains et son pauvre corps tout entier allaient fatalement se geler, et où puiserait-il alors assez de force pour construire tout
ce bonheur ?

Car, il s’appelait « Hiver », ne l’oublions pas, et n’était-il pas irréfutablement voué au
froid et à une sinistre poésie ?

Mais, si l’automne avait su convaincre le vent, il avait su aussi effleurer de ses doigts
couverts de baume les plaies de son triste voisin !

Alors, jour après jour, l’hiver se mit à l’ouvrage. Au début, il fut délicieusement gauche
puis, petit à petit, il réussit à tisser, sculpter, modeler, peindre chacune de ses peines.

Oh ! cela lui avait bien pris un certain temps, mais le résultat n’en était pas moins
prodigieux !

Il avait coiffé les grottes de grâcieux cheveux de laine, et les branches des sapins de
chapeaux rigolos…

Les
près, qui jadis se lamentaient, étaient tous les jours à la fête sur
 les longues nappes blanches qu’il avait
imaginées et d’où les arbres devenaient de sublimes chandeliers …

Des flocons il avait fait des germes de dentelles faisant naître l’enchantement, et des
grands  lacs de beaux miroirs de glace afin que le ciel puisse y faire glisser son regard à l’infini …

Au fur et à mesure qu’il inventait, qu’il « se » réinventait, il approchait de l’émotion et
tout en lui se parait de lumière …A ce point qu’il attira auprès de lui le printemps !

Le printemps n’avait pu passer à côté de ce paysage rare sans le voir

Ils firent ainsi connaissance et, tellement bien ensemble en dépit de leurs différences,
ils en oublièrent les heures et le temps, échangeant un peu de leur univers, des mots, des secrets et même leurs tourments.

Le printemps repartit, fou de joie, et, pour remercier son ami, lui offrit de somptueuses
écharpes de feuillage et de fleurs afin qu’il n’eût plus jamais froid.

L’hiver n’était plus seul à présent, entre l’automne et le printemps
 …

Mais, les rires entraînent d’autres rires et, bientôt, ce fut le soleil qui vint frapper à
sa porte, et il le fit sans vergogne !

Il se présenta, il portait un nom aussi vif que l’éclair « Eté » !

Il était d’ailleurs arrivé un peu comme un orage mais l’hiver, dieu merci, s’était défait
depuis longtemps de sa carapace de « misanthrope aigri » !

Il l’accueillit donc à bras ouverts. Il fut vite transfiguré par cet être enthousiaste et
passionné, à qui il arrivait même de verser des larmes d’allégresse, faisant scintiller toutes les eaux de la terre …

Il occupait ses jours à accrocher des rubans d’or de ci de là …C’était sa façon à lui de
dire « Je t’aime » au monde entier !

L’hiver écouta ce « grand voyageur de l’Amour » et, au fur et à mesure qu’il se laissait
bercer par ses paroles, ses yeux devenaient îles, ses bras ailes d’albatros, et ses lèvres de fraîches rives d’où l’on pouvait boire la vie à s’ennivrer …

Mais l’été racontait si bien que l’hiver s’endormit !

Devant son visage d’ange radieux, l’été se hissa sur la pointe des pieds, laissant l’hiver
voguer à sa guise et être enfin maître de son propre voilier …

Mais, avant de partir, il lui déposa sur un coin de sa mémoire ce petit mot
:

« A très bientôt » 

 

                         
      Sabine.


Post-Scriptum

 

 

 Je marche et j'écris pour "Aimer"...Chacun de mes pas, chacun de mes mots me faisant tout à la fois renaître et ouvrir les bras ! La photo est aussi ma plus fidèle compagne...Elle est ma balise sur les sentes de l'émotion et du temps, le repaire occulte de ma poésie.

 

 

 

papi sabine

Cil-anse ....il dort !

 

Emue par…

 

Le voyage...

celui qui démunit autant qu'il enrichit,

qui détourne la pluie en rires

et fait de notre coeur

le plus fervent des poètes

sans même composer de mots !

 

Sabine

ou SAB-Lyse.

 

A la mare-aile ….

 

Viens avec tes mots-fleurs

tes mots-coccinelles ...

 

Je t'invite

à la craie maille-air

de ma maison au TOI d'or

y vivre d'amour 

et d'OH  frais,

raison à l'envers

folie à l'endroit !

(Sabine)

Pour me suivre pas à pas

Ecoute

coeur Sabine

 

A-t-on appris à nos silences à devenir magiciens,

à faire crépiter des flammes dans l'antre de nos ciels gris

ou faire couler,  entre les pierres de nos coeurs en ruines, des rivières enchantées ?

Non, bien sûr que non !

Cette magie est en nous ...  (Sabine)

 

Mille et une fontaines pour demain !

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